Assise à la place 18A

J’étais assise à la place 18 A. Vingt minutes après le décollage, le capitaine a commencé à énumérer les villes que nous allions survoler jusqu’à atteindre notre destination finale. Rio de Janeiro, Dakar, Casablanca et enfin Madrid.
J’ai éclaté en sanglots. Je ne veux pas. C’est tout ce que j’entendais dans ma tête. Cette liste de citadelles, comme des forts ennemis sur le chemin, venait tracer la distance réelle de l’éloignement.
Le coeur en élastique usé n’en voulait plus.
Arrivée chez moi, je flottais encore. Ce n’est qu’au lendemain matin de mon atterrissage à Genève que j’ai su.
En ouvrant les yeux, couchée sur ma natte, au sol. Le regard posé sur les pieds de la table au centre de la pièce, puis deux mètres au loin sur le mur blanc.
Envolées les odeurs de tartines au beurre et le chant des oiseaux dans le jardin, disparu le ciel bleu où les nuages tels de bouts de ouate s’étirent jusqu’à l’horizon. Ici seulement pluie, grisaille, voiture et pollution.
Ou pire encore, un air sans parfum.
Alors, j’ai pris acte. J’avais passé un nouveau cap, du jour au noir, de quelques illusions et quelques espoirs encore vivants, à la mort. Cet espace juste avant le néant où résonne encore en écho le questionnement : où donc est passé ce que je tenais ?
Cet instant, les mains ouvertes, le fil absent.