La valeur de nos peurs…

J‘ai marché toute la nuit.
J’ai commencé à l’heure où les lumières s’éteignent dans les maisons, et que les paupières se ferment. J‘ai marché toute la nuit, en montagne, à travers la forêt et les pâturages.
En marchant, j’ai rencontré ma peur.
Je la crains moins, maintenant que j’ai conscience de l’avoir choisie.
Pardon ?
Je m’explique :
Lorsque l’on marche de nuit, à travers une forêt sur des sentiers goudronnés, les arbres se tiennent droits sur le bord du chemin et ne font aucun obstacle à la lumière. Petit marcheur, c’est une image impressionnante. Marcher sur une ligne éclairée par la lumière blanche de la lune, et voir l’obscurité de la forêt, comme deux blocs impénétrables, retranchée de chaque côté du chemin. Suivre le sentier éclairé n’a rien de très apeurant.
Alors ?
Alors, c’est qu’il y a d’autres façons de marcher la nuit…
Il y a aussi tracer, chercher, modeler son sentier à travers la grande forêt de l’inconnu, sachant qu’à chaque pas, l’inconnu nous trace, nous cherche et nous modèle lui aussi. Dans ce jeu de vie, je suis toujours à l’intersection entre un point éclairé – où l’espace a déjà été fait, que ce soit en coupant un arbre en montagne, ou en enlevant une part d’énigme en moi – et la grande nuit de ce qui n’a pas encore été vécu.
C’est une marche constamment sur le fil, accompagnée de cette peur grisante, stimulante.
Je commence à y prendre goût. Ces picotements de froid sur la peau, ces fourmis dans la poitrine, je les prends comme le signe que je suis en train d’aller à la rencontre de ce que je n’ai encore jamais vu, vécu, expérimenté. Et j’en ai tellement soif.
Soif de cette peur saine, si proche de la joie qui pourrait me faire oublier définitivement cette autre peur, la peur monstre qui paralyse.
Une peur où « j’ai peur » ne serait plus synonyme de « j’ose pas », mais au contraire qui voudrait simplement dire « je suis en train de découvrir »…
Je me réjouis qu’au royaume de ses contes initiatiques chacun puisse retrouver sa propre peur, que nous puissions tous nous ré-approprier celle qui, comme tant d’autres forces, est constamment déformée, mal interprétée ou rendue esclave du business…puissions-nous remplacer le commerce de la peur par la valeur de nos peurs…

Merci la nuit, merci la montagne, merci la forêt, merci Paolo d’avoir organisé cette marche et merci à chaque marcheur…
Marian