Liberté de perception

J'ai pour habitude d'aller là où la peur se dresse... par expérience c'est le plus souvent bon. Probablement parce que j'apprends à distinguer danger (fils électrifiés au sol, bord d'une falaise, etc.) de la peur elle-même (sensations) ou encore des idées qui la créent.
Et écrire ce qui suit me fait peur. Alors j'y vais.
J'ai l'impression qu'il y a un certain tabou ou, comme pour tout tabou (comme la sexualité par exemple) à la fois une sur-valorisation « extraordinarisation » du fait de percevoir autre chose que le tangible.
Je veux parler de perceptions et de réception d’information.
Exemple, tu prends un bocal dans tes mains, tu vois et sens le bocal. Si un autre individu entre dans la pièce, il pourra décrire le bocal d'une façon probablement proche à ta description (poids, couleur, texture, etc.) cela dit, il se peut qu'en prenant le bocal dans tes mains, une image te vienne, ou un ressenti. Là c'est plus tricky. De un parce que la perception n'est accessible qu'à l'intérieur (l'image est dans ma tête, les ressentis physiques que j'associe à une émotion aussi) pourtant c'est en réaction à ce bocal précisément qu'elles se manifestent.
C’est cette limite entre une perception taxée de normale et une perception « paranormale » qui me chatouille méchamment.
J’avoue, ce post est co-écrit avec la petite fille en moi de 4, 5, 8, 10 ans, etc. qui n’en pouvait plus qu’on dise « elle est TRES sensible » (ou trop clairvoyante, merde, elle nous agace la petite à capter nos jeux relationnels – le lien, pour moi, entre capter le jeu relationnel de quelqu’un et les perceptions se trouve justement dans le fait de « sentir » l’autre… parce qu’il n’y a pas que les bocaux qui donnent des infos…mais c’est un autre sujet).
J’ai l’impression d’évoluer dans une société (et dans d’autres c’est bien différent) où soit tu captes la matière et point, soit alors tout de suite t’es médium, channeler, etc. ou simplement barjo, ou pire encore (dû à des multiples dérives du mouvement développement personnel) tu te la pètes, ou alors ce mot « hypersensible »…
J’aimerais une société où il y a une plus grande place pour exprimer toute les nuances de perception depuis celles de la personne très « terre à terre » qui percevra le poids, la couleur, l’odeur, la texture. Point. Et les perceptions de la personne qui ne verra même plus le bocal car elle se retrouvera visuellement et sensoriellement dans l’atelier du vitrier qui l’a fait, ou encore dans le jardin d’enfance de celui-ci.
Et surtout j’aimerais qu’on arrête d’attribuer un type de perception à un type de personne. (d’où mon aversion profonde pour le concept d’hypersensible – sans vouloir heurter ceux qui s’y retrouvent) Car ça varie. Une personne se disant d’habitude très rationnelle et se fiant uniquement à ce qu’elle voit pourra même peut-être sans s’en rendre compte tout à coup avoir un flash qu’elle appellera comme elle voudra (intuition, flair, etc.) et une personne extrêmement intuitive pourra rester aveugle (au sens zéro info, intuition, perception supplémentaire) dans une situation donnée.
Selon mon expérience perso, j’ai le sentiment que dans la société où je vis, collectivement, il n’y a que des lieux donnés, déterminés où il y a la place pour parler de perceptions autres que les « tangibles » (et combien un flash, une image « dans la tête » ou une « émotion » au contact d’un objet ou d’une personne, c’est tangible). En gros lors d’un rituel chamanique personne ne trouvera bizarre que plusieurs personnes dans la salle aient vu le même ours, ou que dans une constellation familiale, une personne utilise mot pour mot une phrase de la personne dont elle joue le rôle et ne sait rien.
Par contre, si tu vas à la boulangerie et tu sursautes ou tu pleures parce que tu ressens encore la violence de l’altercation du jour précédent, ou qu’au guichet postal, tu commences à raconter au guichetier le rêve qu’il fait depuis trois soirs, tu passes pour le cinglé du coin.
Et ça me questionne…
Je ne m’épancherai pas sur tous les travers du courant « new-age » et du « développement personnel » qui en partie, à mon avis, contribuent à accentuer cette distinction entre l’espace où le sensible est possible (en gros si je suis telle ou telle méthode alors je peux me sentir légitime de dire que j’ai vu quelque chose, avec l’idée que pour cela, c’est encore mieux si je mange des graines de moutarde séchées au soleil, et que je me suspens la tête en bas depuis mon rideau de douche en chantant la corrida de Cabrel – please, je ne critique aucunement toutes les peronnes actives dans le domaine du développement personnel, ni celles et ceux qui sont en quête et s’engagent dans des ateliers, des formations ou des thérapies. Je pointe du doigt la façon dont certaines et certains en font un dogme, comme s’il y avait les humains développés et … ? les autres ? Et comme si pour devenir développé, il fallait faire une série de choses précises).
Tous ces ateliers de développement personnel ont du bon, BEAUCOUP de bon. Je me demande simplement, si je vivais dans une société où il y avait plus de liberté de perception et donc de liberté d’expression de perceptions non-conformes à la norme actuelle, y aurait-il autant d’engouement pour des ateliers de développement personnel ?
En gros si tous les soirs on pouvait se faire des jams de ouf (rassemblement de personnes avec des instruments de musique), comme la jam exceptionnelle du dernier Festival de la Terre qui a duré toute la nuit, et danser, chacun sa danse, chanter, chacun son chant, jouer, chacun son rythme, et que chacun puisse mettre les mots qui lui parlent sur l’expérience, tous les mots… y aurait-il besoin d’autant d’espaces clos où se permettre sa singularité de perception ?
En gros, voilà, je voulais juste écrire un post pour dire : oui, on peut lire/recevoir dans les yeux de quelqu’un, à un moment donné, dans une situation concrète et si cela est utile, plusieurs informations qu’elle porte ou qui lui sont liées, oui on peut sentir des choses qu’on ne voit pas (évidemment d’ailleurs, car on ne sent pas ce qu’on voit, c’est bien plus complexe que ça…) , oui, on peut avoir des images de situations avec une autre personne dans un décors/espace/temps totalement différents de l’espace communément perçu, et oui, ce n’est pas réservé à quelques personnes. C’est une capacité accessible à tous.
De la même manière que certains ont de la facilité pour les maths ou le crochet, d’autres peuvent avoir de la facilité pour recevoir des infos. Et on peut à la fois être bon mathématicien, faire des magnifiques nappes crochetées et recevoir des infos intuitives, ou tout autres combinaisons de dons, talents et capacités.
Bref, je voulais juste lancer un « petit » post dans la marre pour contribuer à « normaliser » le fait que nous sommes des êtres infiniment riches d’un potentiel largement méconnu. Et que je suis pour plus de partage entre nous tous de perceptions multiples et variées.
Ça serait tellement plus marrant de pouvoir commencer une conversation par « t’as transformé quoi cette nuit ? » plutôt que « t’as vu c’est les soldes ? » …
Bref… je suis pour l’intersection des réalités ! Quitte à, dans ses rêves, faire un pré-repérage du rayon soldes pour le lendemain aller directement trouver le pull qu’on veut du premier coup.