Nom d’une supernova

Orgasme.
Nom d’une supernova! La vie ne serait rien sans orgasme.
Le cosmos lui-même n’existerait pas.
Le flacon a explosé dans mon cœur.
Grand, bon, savoureux, excitant, délicieux. Cette immensité qui te prend les tripes, t’étend comme si l’univers tout entier était à l’intérieur de chacune de tes cellules. Ta peau devient toile invisible sur laquelle les constellations dansent.
Frissons de joie dans les os, le corps allumé, totalement allumé. Le souffle au rythme des vagues, des vagues immenses, se languissant de rejoindre la côte pour la caresser encore et encore, en boucle.
J’y suis. Tu y es ?
Let’s put it clear, à cet instant précis où je t’écris, cher être humain vibrant de vie, je suis assise à la terrasse d’un café, un parasol rouge orangé au-dessus de la tête, un café glacé sous les lèvres, l’amende enrobée de chocolat fondant à côté de la cuillère, mes cahiers verts et bleus éparpillées sur la table, le livre « De la simplicité » ouvert à la première page.
Je suis en orgasme, en amour avec chaque particule de l’air amenant jusqu’à ma chair la fraicheur du lac, le brouhaha des vacanciers s’y baignant, le murmure des montagnes marchant dans l’eau… et le bleu infini de l’été effaçant la ville au loin.
Je suis en amour.
Quelle étrange distorsion a bien pu amener notre société à ne considérer plus qu’un ou deux chemins vers l’orgasme ?
« Atteindre l’orgasme »…
Pardon ?
Atteindre ?
Encore cette idée, de nous, petit humain, devant agir pour vibrer...
Et s’il s’agissait de sortir du jeu.
Ne pas attendre d’un autre qu’il nous prenne corps et âme « comme je suis ».
Ne poser ni dans ses mains, ni dans ses actions, la puissance de notre propre joie.
Ne pas vouloir, non plus, être responsable de notre propre plaisir.
Ne rien vouloir.
Entrer dans la danse.
Se laisser prendre par la vie, à l’intérieur, à l’extérieur, en oublier les bordures de soi, du monde, devenir un instant l’air et la chair, le tout et le rien. Et laisser, encore et encore les instants se relier les uns aux autres…
Mon souffle se pose… à la table d’à côté, la sonnerie du téléphone retentit, la voix des montagnes a changé de langue… l’osier de la chaise me rappelle à mon corps et ses contours.
Souffle…
Quel mot pour clore ce texte ? Sans injonction, sans rendez-vous, sans rien ?
La page blanche après le point, l’espace d’un « à bientôt ».