Bonheur

Tu sais, ce moment où t’aurais besoin qu’il y ait un tremblement de terre histoire de te tirer d’affaire ? 

Ou un coup d’état, ou une invasion d’extraterrestres, quelque chose qui te donne une vraie raison de tout arrêter?

Ca te dis rien? Alors c’est que tu n’es pas assez au bord.

Au bord de quoi ?

Au bord du gouffre qui est aussi le saut dans le vide, le vide qui t’amène à l’espace, l’espace où l’énergie se déploie.

Elle a encore fumé…

Non, j’ai juste passé un cap. Et d’ailleurs je ne fume pas, je mange du chocolat.

Au départ, dans ma tête, la naissance de l’idée que le bonheur est parfois douloureux.

Parce qu’il exige une chose : accepter qu’il n’y a jamais eu de tord.

Parce que le bonheur demande, requiert, impose l’acceptation de ce qui est, et donc de ce qui a été, puisque ce qui a été mène à ce qui est.

En gros Bonheur demande d’accepter qu’il n’y avait rien d’injuste dans la baston de la récré où t’as perdu ta première dent de lait ; qu’il n’y a rien eu de désaccordé dans la rupture amoureuse dont il t’a fallu des mois pour t’en remettre ; qu’il était finalement bon de ne pas avoir osé, oui même ça, qu’il n’y a rien eu de mal dans le fait d’avoir raté cet entretien d’embauche, ou cette audition, et même que ces heures passées devant la télé au lieu d’apprendre ton voc d’allemand, même ces heures sup faute de savoir dire non, ces heures passées loin de tes enfants, tout ça, accepter que tout ça ait été bon , parce que tout te mène à cette bonne heure exactement comme elle est.

Après s’être accroché volontairement ou involontairement à ses reproches et à ses déceptions, à ses critiques que l’on se fait à soi-même… tout ça… le lâcher pour satisfaire l’instant de bonheur qui nous visite, pour le reconnaître, fils ou fille légitime de tous les bonheurs passés, et de toutes les « poisses » passées.

J’étais dans le train, en route pour ma répétition pour le spectacle de Vive la vie, lorsque je méditais à ceci.

Le lendemain, en refaisant le même trajet soudain, le vide me pris.

Oui, parce qu’avant de saisir ou être saisi par l’instant de bonheur se trouve l’instant où l’on lâche.

Le vide.

Regarder par la fenêtre le ciel bleu gris faisant l’amour au lac qui le reflète. Et me dire, que peut-être ça y est, que finalement, j’ai fais les tours de mon monde et de mon nombril le nombre requis de fois et que je peux m’en aller. Oublier la matière, mon corps humain, et tutti quanti.

Puis comme la flèche tirée vers l’arrière avant d’être lancée avec élan vers sa cible, après le mélodrame tragique, moment où tu comprends que la flèche va être lancée. Il y a la résistance. Comme celle du bras de l’archer retenant quelques secondes son mouvement comme pour capturer la trajectoire avant même qu’elle ne se dessine.

Ce moment où le corps, le coeur et l’esprit se rassemblent, l’un déjà en vol, l’autre tendant l’arc, l’autre en suspens.

Les tensions se cristallisent, peur.

« C’est pas possible ! » « Est-ce ? Est-ce possible ? »

C’est là que tu rêves d’ouvrir la porte et de te retrouver nez à nez avec un petit bonhomme vert aux antennes violettes (oui je les ai toujours imaginés comme ça les cousins du bled, enfin de la galaxie d’à côté), ou d’entendre à la radio que suite à de violents tremblements de terre le réseau ferroviaire suisse est suspendu pour durée indéterminée. Tout pour que ce truc (tu ne le sais pas encore, qu’est-ce qui te fais préférer la tragédie au futur, mais le truc, c’est ton bonheur) n’arrive pas.

À moins qu’on ne s’obstine, il me semble, que le tremblement n’arrivera pas, ni le bonhomme vert malheureusement d’ailleurs.

On peut se créer des bonhommes verts de fantoche si on veut, et faire trembler son monde à sa façon.

Mais ce n’est pas l’extérieur qui viendra retenir l’arrivée du truc.

S’obstiner. Ni juste ni faux, seul un pavé de plus sur le chemin vers le bonheur … au loin.

Ou bien…

ouvrir la porte…

Lâcher, non pas la flèche, elle a son propre mouvement, lâcher le muscle qui retient.

Et alors goûter à ce truc…

un peu douloureux… le bonheur…

Le miens ce mois-ci est en particulier de faire de la musique. Ma grande maîtresse dont je ne peux détourner le regard mais que je rechigne tant à rejoindre car je sais que chaque instant avec elle me demande

de lâcher avec humilité

et de reconnaître … la bonne heure qui m’est donnée.

Avec amour

Marian 

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