Attache-moi

ça fait des jours qu’on parle bondage 

Marrant ces thématiques qui rentrent dans nos champs de conscience un jour, puis reviennent par vagues.

Personnellement, je n’ai pas la phrase attache-moi en tête, mais accroche-moi, ou plus précisément :

« J’aimerais m’accrocher à ton corps ».

Ce matin, à l’aube, libre de toutes attaches, sans chien ni responsabilités familiales, avec pour seuls contrats mes engagements à moi-même que je repousse… revisite et … parfois oublie…

une image m’a traversé l’esprit

celle d’une corde tressée, solide mais souple, dense et fine.

Je me suis vue petite fille blonde dans le jardin tenant cette corde dans mon poing.

Corde accrochée au ciel.

Est-ce moi qui tient le ciel ou est-ce lui qui me tient ?

Quelque part à l’autre extrémité de la corde un souffle, une âme.

D’elle et moi, qui attache qui? je ne sais pas.

« Je veux m’accrocher à ton corps »

C’est elle qui me parle.

« Je veux m’accrocher à ton corps » m’implore-t-elle…

car moi je la lâche, je lui applique un de ces amours libres. Surtout lui laisser son espace, ses grands espaces. Et plutôt que la ramener ici, je préfère la suivre.

Je la suis… soupirant, un jour, m’envoler avec elle.

En résultent des jours diffus où le sol sous mes pieds n’a que peu d’importance, trop plat, trop dure, il ne saurait soutenir l’immensité. Les murs de la maison ne sont que des voiles, tentative bouffonne, structure insignifiante. Seul le soleil en plein dans les yeux ou la lune blanche sur mon corps arrivent à me toucher.

« Je veux m’accrocher à ton corps »

pour cesser d’errer dans des plaines infinies… pour trouver l’interstice entre le néant et l’ici, entre le point et le cercle…

La petite fille blonde me regarde.

Tu veux grimper à la corde et te hisser jusqu’en haut ? Lui demande-je.
Tu veux tirer vers le bas et ramener le souffle à toi ?

Diable que les enfants sont brutaux dans leur silences et leurs vérités.

Elle me montre sa main, ses petits doigts refermés sur le bout de corde. Elle tient, c’est tout.

Rien d’autre à faire, ne pas tirer, ne pas se hisser, juste tenir.

Si mon âme avait ses propres mains, elle tiendrait la mienne, mais la pauvre elle n’a qu’un point d’attache, un fil quelque part dans le ciel, c’est le plus tangible qu’elle peut m’apparaître.

Moi, je veux me noyer dans son immensité alors qu’elle ne demande qu’une chose…

« Je veux m’accrocher à ton corps ».

Alors… j’entame un début de soumission…

l’idée, à l’aube, lorsque mes yeux s’ouvrent, à ces quelques secondes d’interstice entre mon corps, l’ici et l’ailleurs. Avant que mon âme sans refuge, à cette altitude terrestre, ne se diffuse dans ses eaux et au-delà… tenir, lui tenir la main à travers le fil, la corde.

Je ne sais comment t’accrocher à mon corps qui me semble si infime par rapport à toi… je ne sais comment l’un et l’autre vous pouvez vous entremêler sans vous annuler… je ne sais comment le ciel s’incarne…

mais la petite fille blonde dans le jardin semble avoir la foi . 

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